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22/01/2013

La Solitude des mers du Sud

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Bravaches et affalés sur leur chaise de bureau, ils avaient pourtant  tous promis de me relayer, de ne pas me laisser seul face à la mer en furie. Au début, deux-trois se sont pris au jeu. J’en ai même vu les yeux rivés sur le hublot de l’ordi. A la latitude de Rio, il fait toujours beau. Et puis aux alentours de Sainte-Hélène, en plein Atlantique sud,  non loin de ce rocher où Napoléon a terminé au milieu d’Anglais moqueurs, ils m’ont tous laissé tombé. Personne le matin pour aller régler les voiles. Pas un ciré la nuit pour épauler un capitaine aux lèvres gercées et au gosier desséché.  Les premiers froids des  40e rugissants ont fait fuir cette piétaille.

Oh bien sûr j’ai ma responsabilité. Lors de cette descente de l’Atlantique, je ne les ai pas ménagés. Il a fallu manœuvrer et surtout obéir. Pas facile pour ces jeunes citadins plus habitués au mac do qu’au bœuf séché . Au début ils ont posé des questions. Je me suis efforcé de leur expliquer l’art de la météo et les pièges de la navigation. Ils ont écouté, sans toujours comprendre. Devant ces regards interloqués, j’aurais pu être psychologue. Je les ai pris pour des péquenauds. J’ai parfois été dur. L’idée de mettre Bertrand à fond de cale dès le deuxième jour était-elle juste? Jour après jour l’idée a germé dans leur caboche. Et, dans le silence des changements de quarts, ils se sont mutinés froidement. Sans un mot, chacun a quitté le navire. Beber est retourné dans son Auvergne, vexé… Antoine a préféré partir cuire sous le soleil d’Amérique du sud... Bon débarras. Je ne leur en veux pas. Peut-être un jour comprendront-ils…

Et puis cette course se savoure en solo. Alors Team20minutes et moi, nous nous sommes habitués à notre rythme de houle et de peu de mots. Cap de Bonne Espérance, Cap Leuwin. L’Indien a été traversé à vitesse grand V malgré ces satanés portes installées par une organisation frileuse. Une nuit et une bouteille de vin blanc plus tard, le Horn a été avalé après 55 jours de course. OK, nous avons peu écrit sur ce carnet de bord. Trop occupés à faire avancer ce bout de carbone nargué par les Albatros. Après une remontée de l’Atlantique sud très audacieuse (ah cette option le long du continent américain...) mais qui ne nous a rien rapporté, nous voilà à 8 jours de l’arrivée, à la 5800e place. Plus qu’une dernière marche, l’anticyclone des Açores, et nous retrouverons les pontons, les tireuses à bière de Bretagne et les steaks saignants. En espérant secrètement que les mutins de la rédaction soient là pour nous accueillir.

Mat

19/11/2012

"Je ne suis pas du genre à demander le recomptage des milles"

En ce moment, on lutte. On est retombé autour de la 50.000e place. C'est dur, on a la marinière triste. Pour ne rien vous cacher, sans le capitaine Goar, je pense que la moitié de l'équipage se serait jetée à la mer. Son message de ce matin nous a fait beaucoup de bien:

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"Je n’ai pas l’habitude de vous mener en bateau.

Oui la situation est compliquée. Mais elle l’est pour beaucoup de monde. Hier, notre camarade Georgesdutarn est passé de la 1800e place à la 44000 en décidant de faire comme nous. Il y a un risque certain que ceux de l’ouest passent mieux le pot au noir. Il est presque sûr par contre que ceux de l’est (tous mieux classés alors qu’ils sont derrière nous) vont galérer. Bref, en ce moment, le classement ne veut rien dire. Soit on se décide à se recaser à l’ouest (en perdant plus de 50000 places encore. Soit on tient le cap, car on aura un meilleur angle de descente après le pot au noir (on sera moins au près) mais notre pot sera plein de pus, long et crispant. 

Avis à la population

PS : Je ne parlerai même pas du bug de virtual regata hier soir qui nous a encore coûté beaucoup de place, je ne suis pas du genre à demander le recomptage des milles comme certains rue de la Boétie."

15/11/2012

"On regarde devant, vers l'horizon où l'euphorie succédera à la tristesse"

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Vous le savez, ici, on fait la course en équipage. Et hier, on n'est pas passé loin de la mutinerie. Tout va mieux ce matin, malgré le bug de la nuit sur Virtual Regatta. Le capitaine Goar en a profité pour adresser à l'équipe du Team20Minutes un message plein d'allant. Le voici, in-extenso.

«Nous allons bientôt repasser dans les 5.000 après 48 heures de doutes. Nous reviendrons à peu près à la même position qu'avant nos options, je pense. Un grand merci à tout le monde d'avoir supporté la pression même si j'ai bien senti les questionnements. Ce que nous avons vécu n'est rien comparé à ce qui va nous tomber dessus dans les mers du sud où le danger sera permanent. En voile, il faut savoir perdre pour mieux gagner (certains ont perdu 100.000 places pour revenir dans les 1.000. Et je trouve qu'ils sont un exemple cars ils ont eu les nerfs solides. Alors je sais que c'est difficile à l'âge de Twitter mais inutile de paniquer lorsque l'on rétrograde, ça nous arrivera plus d'une fois sur ce globe. Il y en a encore pour plus de 11 semaines alors on ne se met pas la rate au court bouillon toutes les 10 minutes et on regarde devant, vers l'horizon où l'euphorie succédera à la tristesse, et ainsi de suite. Comme disait le regretté Gerry Rouf, "That's life".

Good job guys

PS: Et non, on ne s'arrêtera pas au Cap Vert boire du rhum en reluquant les culs dorés.»

>> Si comme le Team20Minutes, vous avez été bloqué cette nuit sur Virtual Regatta, racontez-nous votre nuit de galère à rattraper votre retard à reporter-mobile@20minutes.fr ou dans les commentaires

 
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